Guérisseurs et grands prêtres de Bali

bali3Bienvenue dans l’Île des Dieux

A mon arrivée à Bali, mon cœur s’est grand ouvert. J’ai cru que cela était dû à la délicieuse odeur des frangipaniers, à la douceur du climat tropical ou l’odeur des clous de girofle. Peut être aussi au spectacle tranquille des chauffeurs de taxi réunis en conciliabules que seuls des touristes affairés peuvent interrompre, assis par terre en discutant de tout et de rien, sereins et détendus.

En fait, peu à peu, j’ai discerné que je ressentais la douceur infinie et invisible d’un vortex où tout est dédié aux Dieux….

Ici, la population est paisible et très souriante, les rizières verdoyantes et les volcans invitent le regard à s’élever. Le temps ne coule pas aussi vite qu’en occident. On ne regarde pas sa montre et l’on vit au rythme de la nature et des nombreuses cérémonies religieuses célébrées quotidiennement à longueur d’année.

Ici, chaque rencontre commence par un sourire et un signe de la main : Namasté !

Bienvenue à Bali, Ile des Dieux !

La superficie de l’île est de 5 637 km2, ce qui correspond à une taille moyenne d’environ 80 km sur 120. Sa population est d’un peu plus de 3 millions d’habitants. Une petite enclave hindoue dans le plus grand pays musulman du monde, l’Indonésie. Les balinais sont hindous et pratiquent leur religion au quotidien au cours de cérémonies très chatoyantes.

L’Ile des dieux, comme on la surnomme, est imprégnée de spiritualité incarnée, on y dénombre plus de 10 000 temples ! Cette spiritualité au quotidien est un art de vivre, la fabrication des offrandes devient une oeuvre d’art, et la présence des prêtres et des guérisseurs est ici de tout premier plan.

La philosophie hindoue balinaise est régie par le Tri Hita Karana : équilibre entre les dieux, les hommes et la nature. Pour cela les hommes se doivent d’entretenir de bonnes relations avec les dieux par la prière, avec la nature par le respect, et avec les hommes par la solidarité.

Il existe quatre castes :

Les brahmanes : hommes religieux, les Satria : guerriers, tenant du pouvoir temporel, les Wesia : fonctionnaires du royaume et les Sudra: les paysans et pêcheurs, qui représentent plus de 90% de la population. Ce système de caste se ressent très peu à Bali puisque les castes supérieures ne représentent que 10% de la population.

2_bali_ile_des_dieux_aout_2011___eric_grange_oasis_voyages_voyage_initiatique_spirituel_chamaniqueLe Balian, guérisseur traditionnel balinais

Les guérisseurs

Les guérisseurs ont une fonction primordiale dans la société balinaise en traitant la maladie physique et mentale, en éliminant les mauvais sorts et en transmettant des informations précieuses en provenance des ancêtres et des esprits.

Le Balian est un instrument de la guérison divine, et le patient entre dans une alliance avec les dieux pour recevoir cette guérison avec respect, vénération et humilité.

Le diagnostic médical implique magie et vision du monde animiste de Bali où les esprits imprègnent la réalité. Comprendre les pratiques de guérison à Bali nécessite un examen de cette vision du monde.

Le concept de guérisseur (Balian en balinais) est large, avec des praticiens allant du guérisseur traditionnel du corps ou de maladies mentales, aux rebouteux, massothérapeutes, médiums et clairvoyants.

IA Bali, il y a environ quatre fois plus de balians que de médecins! Ils sont au premier plan de la santé communautaire, et les balinais consultent d’abord le balian avant d’aller éventuellement consulter un médecin.

Les balians ont tendance à se spécialiser dans un domaine particulier, comme les maladies de peau, les articulations, la réharmonisation avec les ancêtres, la guérison des traumas de l’enfance, etc.

Quel est le sens de la maladie à Bali ?

  1. D’où viennent les maladies dans la tradition balinaise ?

Pour elle, soit la maladie vient de l’extérieur du corps, soit de l’intérieur.

La sagesse balinaise n’accepte pas les influences biologiques, tels que les germes et les virus ou autres contaminations.

Elle estime que les maladies provenant de l’extérieur ont deux sources possibles : soit du karma d’une vie passée, soit de la perte d’énergie liée à d’autres personnes dont il conviendra alors de s’harmoniser.

Les maladies provenant de l’intérieur du corps sont dues à un déséquilibre. L’un des fondamentaux de la philosophie balinaise est le beneda rua, principe de la relation entre le microcosme et le macrocosme. Tout déséquilibre dans cette relation peut causer une maladie, ainsi qu’un déséquilibre entre une personne et les divinités, parfois à cause d’un manque de connexion avec les Dieux.

Bali est également peuplée par les bhutas et les kalas, les forces démoniaques qui peuvent apporter la maladie lorsque les hommages en leur faveur, censés les tenir à distance, ne leurs sont pas bien rendus.

Les balinais pensent que les maladies peuvent être provoquées, entre autres, par des forces démoniaques ou des esprits malveillants. Dans ce cas, pour la guérison, le balian va pratiquer une sorte d’exorcisme. A travers des rituels combinant des formules magiques récitées et l’utilisation d’eau bénite, ils vont débarrasser le corps du patient des influences négatives.

  1. 21___bali_ile_des_dieux_2011___eric_grange_oasis_voyages_voyage_initiatique_spirituel_chamaniqueComment est envisagée la guérison ?

Les facteurs environnementaux représentent un élément important de la guérison.

Premièrement, les Balinais étant animistes, l’environnement physique tel qu’il est perçu par eux va au-delà du monde physique tel que nous le connaissons.

D’une part, il est rempli d’esprits qui peuvent aider ou provoquer, mais qui sont bénéfiques dans ces deux fonctions.

D’autre part, l’externe, le macrocosme, est simplement un miroir du monde intérieur, le microcosme. Les connexions entre le corps humain et le monde dans son ensemble se jouent sur une grande échelle. Non seulement l’équilibre interne reflète l’équilibre des forces extérieures, et vice versa, mais en plus, le corps physique – avec sa composition tripartite de la tête, du corps et des pieds – est un microcosme de la nature tripartite que l’on retrouve dans la structure des temples et des habitations familiales.

Cette représentation tripartite se retrouve dans chaque village (espace des habitations, espace du travail, espace du temple), l’île de Bali (plages, rizières, volcan), et même les trois parties de la nature du cosmos, avec le monde supérieur, le monde du milieu, et le monde inférieur.

Un dysfonctionnement physique ou mental peut donc être lié à un déséquilibre entre le microcosme et le macrocosme.

Deuxièmement, l’environnement social est fondamental. L’individu est défini dans les termes de sa relation aux autres, et donc il ne peut pas afficher une maladie ou une guérison comme un phénomène purement personnel ou individuel. Le plus souvent toute la famille se présente avec le patient et discute avec le balian, des problèmes, de la maladie et ce qui doit être fait pour la guérison.

Et ainsi, remettre en place la maladie au sein de son environnement naturel et social, en déterminer l’origine est le début de la guérison !

  1. Les origines de la médecine balinaise

Il ya quatre influences à l’origine des pratiques de guérison balinaises :

  1. La première est la tradition hindoue, vision du monde plus philosophique que pratique.

  1. La seconde influence vient du bouddhisme, car il y avait autrefois ddes pratiques bouddhistes à Bali. Médicalement, le bouddhisme traite la maladie par l’intrusion chirurgicale, et possède des influences tantriques centrées sur des éléments et formules magiques.

c. La troisième provient  de la Chine et de sa médecine des énergies.

  1. Enfin, les peuples autochtones pratiquent depuis toujours une forme magique et pratique de la médecine issue de la tradition animiste, qui a été incorporée dans le livre magique lontar.

Avec toutes ces influences, il est évident qu’il ne peut y avoir de système unifié de magico- pratique de guérison à Bali.

  1. Naturaleza-baliLes 3 types principaux de balians

  1. Le premier type est le balian Ketakson qui agit comme un canal entre le patient et Dieu. Le Ketakson invoque l’esprit d’une personne décédée, et transmet des informations à sa famille. Il peut aussi conseiller les types d’offrandes nécessaires pour les cérémonies. Il est capable de localiser des objets disparus.

La plupart des femmes balians sont des balians Ketakson.

  1. Le Paica Balian est un médium. Ce genre de Balian reçoit des objets physiques qui apparaissent et disparaissent spontanément et sont utilisés lors de séances de guérison. Je n’oublierai jamais cette séance ou j’ai vu apparaître instantanément un kriss (poignard à la lame sinueuse) debout sur sa pointe et en rotation. Parfois, l’objet peut être ordinaire et peut ne pas être esthétique. Ces objets matérialisés apparaissent et disparaissent d’eux-mêmes.

  1. L’Usada Balian est une personne qui a émis l’intention claire de devenir Balian et a suivi l’enseignement approprié, en étudiant les lontars (textes sacrés) et accompagnés par des guérisseurs reconnus. Le lontar, contenant des milliers de textes anciens écrits en Kawi (javanais ancien), contient des informations sur l’éthique, l’anatomie, les herbes traditionnelles,

la méditation, le yoga, le tantra, etc

Les prêtres balinais

Les balians ne peuvent être confondus avec les prêtres qui sont eux, responsables des offices religieux. Les guérisseurs balians soignent les problèmes mentaux ou physiques alors que les prêtres s’occupent des cérémonies et des hommages aux dieux, et sont garants de l’équilibre énergétique de la communauté.

Chaque guérisseur exerce dans un temple, qui bien souvent a été préparé énergétiquement par un prêtre.

Il existe trois catégories de prêtres à Bali :

Le pedanda

Le pedanda ou grand prêtre, souvent lui-même fils de pedanda, est toujours un brahmane, c’est-à-dire un balinais appartenant à la caste supérieure. Les noms des membres d’une même caste commencent toujours par la même particule et en disent long sur la position sociale et familiale. Chaque caste a son propre langage et différents dialectes pour s’adresser aux autres castes.

Devenir Pedanda, c’est passer par une initiation très longue. Dès l’enfance, il est préparé à ses nouvelles fonctions par des études et l’imposition d’une conduite exemplaire, sous l’accompagnement d’un maître.

Son rôle principal consiste à préparer l’eau bénite (tirta), qui a un rôle essentiel dans la religion balinaise, au point que celle-ci est appelée « agama tirta », la religion de l’eau bénite. Cette eau sera utilisée pour bénir les temples, les fidèles lors de la prière, et les objets consacrés. Parfois aussi, lors de l’achat d’un scooter, les familles béniront leurs nouvelles acquisitions avec de l’eau bénite.

Pour préparer cette eau bénite, le pedanda applique un rituel millénaire. Après avoir pris un bain et revêtu des vêtements spécifiques blancs, symbole de pureté, le pedanda se lave les mains en prononçant des mantras , puis pratique des respirations issues du yoga. Il consacre l’eau une première fois en y jetant des fleurs, invitant Shiva et sa force sanctifiante à la pénétrer. Puis, lors d’une deuxième bénédiction de l’eau, le prêtre sera investi par Shiva et récitera des prières.

Le pedanda préside également les grandes cérémonies, notamment pour les familles princières : naissances, mariages, crémations…

Le pemangku

La deuxième catégorie est celle du pemangku. Il est le prêtre de la religion populaire, et peut appartenir à toute caste. Il est le gardien du temple et de ses rites, et de son cérémonial spécifique. Ce n’est pas un initié, contrairement au pedanda. Les dieux peuvent le désigner, soit par la bouche d’une personne en transe, soit par une maladie aux causes mystérieuses. Dans ce cas, c’est un pemangku qui confirmera la nouvelle mission divine de la personne « visitée », celle d’être un pemangku.

La vie d’un pemangku est un peu contraignante : Il n’est pas rémunéré et doit appliquer une discipline de vie : régime alimentaire, perte du rôle de chef de famille relégué au fils aîné, interdiction de prendre part à des occupations humaines telles que travaux manuels, jeux de cartes, ou discussions sur des sujets « impurs », etc.

Certains pemangku sont très érudits mais généralement moins que les pedanda. Les fonctions des pemangku les rapprochent beaucoup plus du peuple et ils officient lors des nombreuses cérémonies familiales et des nombreuses cérémonies des temples de village.

Le sengguhu

Enfin, le sengguhu, est le responsable des rituels liés au monde souterrain. Il tient le rôle d’exorciste. Tous les sacrifices au monde inférieur sont de sa compétence, et il est relié à Vishnou.

Il y a très peu de sengguhu et ils préfèrent agir en discrétion.

Témoignages :

Lors de mes nombreux voyages à Bali, j’ai assisté à plusieurs guérisons.

Le cas le plus spectaculaire est celui de Janine, qui s’est vu refuser l’accès au temple de guérison par le guérisseur en lui exprimant qu’elle était tellement résistante mentalement qu’il ne pouvait intervenir sur elle ! Elle s’est effondrée en larmes pendant 2 jours. Ensuite, seconde tentative chez le guérisseur qui a pu la libérer d’entités énergétivores.

Dominique, maitre-reiki depuis une vingtaine d’années, a été guéri d’une blessure d’enfance, dont il ne pensait un jour être libéré.

Patricia a rencontré son compagnon 2 mois après son retour, après qu’un grand prêtre ait réharmonisé sa lignée ancestrale.

Conclusion :

Les nombreux balians de Bali montrent que cette pratique traditionnelle et ancestrale est solidement ancrée dans les mœurs.

Lors d’un voyage à Bali, nous pouvons ressentir cette atmosphère magique et si spirituelle qui émane de cette île, si bien surnommée Ile des Dieux.

De plus en plus d’occidentaux y viennent grandir et guérir en conscience, et en revienne imprégnés d’une plus grande présence.

Eric Grange

www.oasis-voyages.com

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